Vos parents et grands-parents vous ont peut-être partagé leur recette familiale secrète... En transmettant leur patrimoine culturel et culinaire, ils ont ainsi posé un geste simple qui leur permet de conserver leur identité individuelle et sociale. Et cela contribue à un vieillissement actif, et donc à une meilleure santé physique et mentale.
Dans toutes les cultures, tous les jours, les gens effectuent des tâches en lien avec la nourriture. Ces activités ont un rôle symbolique important et positif, car elles permettent de tisser des liens familiaux et sociaux, et cristallisent l’identité même d’une personne.
Chez les aînés, la capacité – ou l’incapacité – à prendre part à ces activités affecte leur perception identitaire. Les changements dus au vieillissement peuvent les empêcher de réaliser ces activités, restreindre leur participation à des situations sociales impliquant de la nourriture et augmenter le risque de malnutrition, ce qui réduira leur bien-être et augmentera leur sentiment d’isolement et de perte de sens.(1; 2)
En vieillissant, comment les aînés peuvent-ils maintenir leur identité et leur bien-être psychologique? Est-ce que la participation à des activités comme la cuisine et l’alimentation peuvent contribuer à leur épanouissement?
Ce que la recherche nous apprend
Une revue systématique a examiné 22 études pour déterminer quelle est la relation entre les activités alimentaires des aînés et le maintien de leur identité.(3) Les études ont été menées dans un large éventail de contextes culturels, avec des groupes dominants ou minoritaires, au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Thaïlande, en Espagne et au Chili.
L’analyse a révélé que diverses identités étaient maintenues en préparant des repas traditionnels, en mangeant des aliments traditionnels et en faisant les courses, car ces activités sont de nature sociale et permettent de donner et de recevoir du bonheur. Les femmes étant habituellement responsables de la préparation des repas dans de nombreuses cultures, les chercheurs ont trouvé que le fait de continuer à préparer les repas traditionnels (selon le pays d’origine ou selon les célébrations), à sélectionner les bons aliments ou à combiner habilement les assaisonnements pour que le repas soit savoureux et apprécié des autres, avait un effet positif sur la préservation d’identités ethniques et de genre malgré le vieillissement. L’estime de soi des aînés qui perpétuaient les traditions culinaires était maintenue, contribuant ainsi à leur bien-être.
Aussi, il semblerait que le fait de faire l’épicerie offre une opportunité pour la construction de l’identité, grâce à la création d’un réseau de soutien social caractérisé par des amitiés développées avec les employés des commerces et les autres clients.
Des changements de l’état de santé, la perte d’autonomie, le veuvage ou l’isolement social constituent toutefois des menaces au bien-être des aînés. Ces changements peuvent mener à une moins bonne estime personnelle et à une certaine invisibilité sociale. En effet, n’ayant plus l’autonomie requise pour préparer eux-mêmes les repas ou pour remplir les obligations liées à leur genre, certains aînés vivent une véritable crise identitaire et sont parfois exclus de certains événements sociaux. Par exemple, un homme nouvellement endeuillé qui doit apprendre à cuisiner ou une femme âgée qui doit déléguer la préparation des repas à son mari, car elle n’est plus en mesure de s’en occuper pourraient se sentir dépossédés de leur identité.
Que peut-on faire?
Le maintien de l’identité et de l’autonomie, tous genres confondus, est un phénomène complexe auquel les aînés sont confrontés.
Invitez-les à partager leurs recettes et leurs connaissances culinaires. Impliquez-les dans la planification et la préparation des repas. Les activités alimentaires sont loin d’être anodines. Elles sont source de bonheur et d’identité pour nous tous.